Un cariste recule dans une allée. Au même instant, un collègue sort de derrière un rack pour attraper une palette. Ni l’un ni l’autre ne se voient. Ce jour-là, ça passe. Mais cette scène porte un nom dans les statistiques de l’inspection du travail : la collision engin-piéton, circonstance d’accident la plus fréquente avec les équipements de travail mobiles. Et elle tue.
À partir de septembre 2026, l’inspection du travail relance une campagne nationale de contrôle sur ces équipements. Si votre entreprise utilise ne serait-ce qu’un chariot élévateur à conducteur porté, une pelle, une chargeuse ou un tracteur équipé d’un chargeur frontal, vous êtes concerné. La bonne nouvelle : vous avez encore quelques semaines pour passer le contrôle vous-même, avant l’inspecteur. Voici comment.
Campagne équipements de travail 2026 : ce que prépare l’inspection du travail
Cette campagne s’inscrit dans le Plan national d’action de l’inspection du travail 2026-2029. Elle est pilotée par la Direction générale du travail (DGT) et déployée localement par les DREETS sur l’ensemble du territoire.
Le calendrier est en quatre temps :
- Juin à août 2026 : information et sensibilisation
- Septembre à novembre 2026 : contrôles en entreprise
- Jusqu’en janvier 2027 : suivi et mises en conformité (contre-visites)
- Premier semestre 2027 : bilan de la campagne
Pourquoi ce sujet revient sur la table ? Un chiffre suffit : les équipements de travail sont à l’origine de 38% des accidents du travail signalés à l’inspection, et près d’un quart (24%) des accidents liés aux équipements mobiles et de levage sont mortels. On n’est pas sur un sujet « paperasse » : c’est ce qui fait la différence entre un opérateur qui rentre chez lui le soir et un qui n’y rentre pas.
Les cinq familles d’équipements dans le viseur :
- les pelles et mini-pelles
- les chargeuses et mini-chargeuses
- les compacteurs
- les chariots de levage à conducteur porté
- les tracteurs équipés d’un chargeur frontal
Avec une vigilance renforcée sur les publics les plus exposés : jeunes travailleurs, apprentis, stagiaires, intérimaires et salariés détachés. À noter également : l’inspecteur vérifiera l’association du CSE à la démarche de prévention (consultation sur la mise à jour du DUERP, accès aux rapports de vérification, respect de ses prérogatives).
Pourquoi la campagne revient : le bilan 2023-2024 sans filtre
La première édition de cette campagne (fin 2023- début 2024) a laissé un constat sévère. Sur les entreprises contrôlées :
- plus de la moitié des documents d’évaluation des risques étaient non conformes ou absents sur le volet équipements.
- dans 64% des cas, les mesures de circulation n’étaient pas totalement adaptées.
- 23% des équipements n’avaient fait l’objet d’aucune VGP ; pour les seuls chariots automoteurs, la vérification était incomplète dans 84% des cas.
- 26% de non-conformité ont été relevés sur les autorisations de conduite, un manquement qui touchait particulièrement les jeunes travailleurs.
Autrement dit : quatre points faibles récurrents, connus, documentés. Ce sont exactement ces quatre points que l’inspecteur rouvrira. Faites-en votre grille d’audit.
Les 4 points de contrôle : votre grille d’audit blanc
1. Votre évaluation des risques tient-elle la route sur les équipements ?
Premier réflexe de l’inspecteur : ouvrir le DUERP (ou le PPSPS/PGC en environnement chantier) et vérifier que les risques liés aux équipements y sont réellement traités. Le piège classique, c’est le DUERP générique qui évoque les équipements en une ligne, sans jamais descendre au niveau du réel : quels engins, quelles zones, quelles co-activités, quels opérateurs exposés.
Votre audit blanc : si un inspecteur vous demandais « montrez-moi où vous évaluez le risque de collision engin-piéton dans cette allée », auriez-vous une réponse précise ?
2. La circulation engins-piétons : le point noir
C’est LE sujet de la campagne. Lors de la dernière édition, la circulation n’était pas totalement adaptée dans près de deux tiers des situations (64%). L’inspecteur regardera : les flux piétons et engins sont-ils physiquement séparés là où c’est possible ? Existe-t-il un plan de circulation ? Des zones matérialisées au sol, des miroirs, des protections aux points de croisement ? Les piétons disposent-ils d’un cheminement dédié ?
Votre audit blanc : faites le tour de vos zones à pied, aux heures de production. Chaque point où un piéton et un engin peuvent se croiser au même moment est un constat potentiel, et un accident potentiel.
3. Les VGP et le piège des chariots
Les vérifications générales périodiques (VGP), encadrées notamment par l’arrêté du 1er mars 2004 pour les appareils de levage, sont souvent le talon d’Achille. La dernière fois, 23% des équipements n’avaient pas de VGP, et pour les chariots, la vérification était incomplète dans 84% des cas.
Votre audit blanc : ressortez vos rapports de VGP. Sont-ils tous là, à jour ? Les réserves et observations de l’organisme ont-elles réellement été levées, ou traînent-elles depuis deux ans ? Un rapport avec réserves non traitées est presque plus problématique qu’une VGP manquante.
4. Formation et autorisation de conduite (attention : la règle a changé en 2025)
Dernier volet : vos conducteurs sont-ils formés ET autorisés ? Les deux, pas juste l’un. En 2023-2024, 26% de non-conformité ont été relevés sur les autorisations de conduite.
Et un changement réglementaire majeur est passé par là. Le décret n°2025-355 du 18 avril 2025, complété par les arrêtés du 26 septembre 2025 (entrée en vigueur le 1er octobre 2025), a réformé le dispositif.
Concrètement :
- l’autorisation de conduite ne repose plus sur un avis d’aptitude délivré dans le cadre du suivi individuel renforcé, mais sur une attestation d’absence de contre-indications médicales, valable 5 ans, remise par le médecin du travail ;
- les arrêtés du 26 septembre 2025 sur la formation à la conduite remplacent les textes de 1998 ;
- bon à savoir : les avis d’aptitude délivrés avant le 1er octobre 2025 restent valables 5 ans à compter de leur date de délivrance.
L’autorisation de conduite, délivrée par l’employeur, s’appuie toujours sur 3 éléments : l’attestation médicale (nouveau format), le contrôle des connaissances et du savoir-faire (le CACES y contribue), et la connaissance des lieux et des instructions.
Votre audit blanc : pour chaque conducteur, pouvez-vous sortir l’autorisation de conduite appuyée sur ces trois éléments, au bon format ?
Point d’attention : le CACES n’est ni un permis de conduire, ni un diplôme. C’est un examen qui valide les connaissances et le savoir-faire du conducteur. L’obligation légale, elle c’est l’autorisation de conduite délivrée par l’employeur (article R. 4323-56 du Code du travail). Un CACES seul ne suffit pas.
Faites votre audit blanc dès maintenant : les fiches d’autodiagnostic officielles
La vraie chance dans cette campagne, c’est que l’administration vous donne elle-même sa grille de lecture. Des fiches d’autodiagnostic gratuites sont disponibles, déclinées par secteur : la version tous secteurs, la version chantier du BTP et la version agricole.
Le réflexe à adopter : téléchargez celle qui vous correspond (sur le site de la DREETS ou du ministère du travail), prenez une heure au calme et passez vos équipements en revue. Vous saurez exactement où vous en êtes et où sont vos angles morts avant que quelqu’un d’autre ne les trouve à votre place.
Et si, en faisant cet exercice, vous réalisez que le chantier est plus gros que prévu (DUERP à reprendre, plan de circulation à bâtir, dossier VGP à remettre d’aplomb, dossiers conducteurs à actualiser), c’est exactement le type de mise à niveau qui se cadre avant la rentrée. Le contrôle sur les équipements de travail peut se vivre de deux façons : comme une menace, ou comme un audit blanc gratuit qui va réellement muscler votre prévention.
FAQ – Campagne équipements de travail 2026
Quand ont lieu les contrôles de la campagne équipements de travail 2026 ?
Les contrôles en entreprise se déroulent de septembre à novembre 2026. Ils peuvent être suivis de contre-visites jusqu’en janvier 2027, et le bilan de la campagne est prévu au premier semestre 2027. La phase d’information s’est tenue de juin à août 2026.
Quels équipements sont concernés par la campagne 2026 ?
Cinq familles d’équipements mobiles et de levage : les pelles et mini-pelles, les chargeuses et mini-chargeuses, les compacteurs, les chariots de levage à conducteur porté, et les tracteurs équipés d’un chargeur frontal.
Sur quoi porte le contrôle de l’inspection du travail ?
Sur quatre points : l’évaluation des risques (DUERP), l’organisation de la circulation engins-piétons, les vérifications générales périodiques (VGP), et la formation ainsi que les autorisations de conduite. L’association du CSE à la démarche de prévention est également vérifiée.
Le CACES suffit-il pour conduire un engin ?
Non. Le CACES valide les connaissances et le savoir-faire du conducteur, mais ce n’est pas un document d’autorisation. C’est l’autorisation de conduite, délivrée par l’employeur, qui est obligatoire (article R. 4323-56 du Code du travail).
Qu’est-ce qui a changé pour l’autorisation de conduite en 2025 ?
Depuis le 1er octobre 2025 (décret n° 2025-355 du 18 avril 2025 et arrêtés du 26 septembre 2025), l’autorisation de conduite ne repose plus sur un avis d’aptitude médicale, mais sur une attestation d’absence de contre-indications médicales valable 5 ans, remise par le médecin du travail. Les avis d’aptitude délivrés avant cette date restent valables 5 ans.
Comment se préparer à la campagne équipements de travail 2026 ?
En réalisant un autodiagnostic à partir des fiches gratuites publiées par le ministère du Travail (versions tous secteurs, chantier et agricole), puis en corrigeant les écarts sur les quatre points contrôlés avant l’arrivée de l’inspecteur.